Concours de circonstances, Stéphane Glinel se retrouve à la direction de la plus ancienne distillerie sarladaise. Créée en 1835 par la famille Roque, elle est rachetée par la société Delpeyrat, qui l'installe rue de la Trappe, à Sarlat, en 1926. Quarante ans plus tard, elle est détruite par un incendie. Elle déménage dans le tunnel ferroviaire du Breuil, construit au début du XXe siècle et transformé en lieu de production et de stockage. L'activité est florissante. Des camions circulent dans les 530 mètres de tunnel. Un hangar est construit à l'entrée nord, sur des quais existants. Au plus fort, plus de 30 personnes y travaillent. Mais la société décline à nouveau et la famille Carrier s'en sépare en 2001. Patrick Montfort, le dirigeant de la société Julien, de Savignac, la rachète et aménage de nouveaux locaux.
Des bovins aux truites.
En 2007, Stéphane Glinel y effectue un stage, pour finalement la racheter l'an dernier. Licencié en chimie, il n'envisageait pas de passer sa vie dans un laboratoire. Il est d'abord attiré par une carrière d'officier, mais décide finalement d'aller voir ailleurs. Il part en vacances en Amérique du Sud et y reste dix ans. « J'ai travaillé dans un premier temps dans l'élevage de bovins d'une multinationale dirigée par un homme d'affaires suisse. Responsable de laboratoire, j'avais en charge la sélection génétique et le croisement de races. »
Il met ensuite à profit son savoir-faire auprès de propriétaires français au Paraguay et administre leurs fermes. Puis, à 35 ans et chef de famille, il aspire à autre chose et rentre en France. Il atterrit en 2004 dans les Landes, où résident ses parents. Il trouve du travail comme chef d'équipe dans un élevage de truites mais reste à l'affût d'une reprise d'entreprise.
Normes moins strictes.
L'IUT de Périgueux cherche des candidats pour le lancement d'une licence création reprise d'entreprises dans l'agroalimentaire. Il se retrouve à l'école à 38 ans.
Dans son cursus, il doit effectuer un stage en entreprise et choisit la petite distillerie de Sarlat. « Je cherchais une entreprise artisanale avec un minimum d'investissement au niveau matériel, explique Stéphane Glinel. En plus, dans l'alcool, les normes sont moins strictes. Je voulais trouver également un cadre de vie qui me permettrait d'avoir une autonomie, de la liberté aux moments où je le souhaitais. » Soutenu par la Chambre de métiers de la Dordogne et d'autres organismes, il monte un dossier et achète l'entreprise. La distillerie ne compte aujourd'hui plus que deux salariés à plein-temps, une stagiaire d'été et des intérimaires à la saison des fruits.
Son but est aujourd'hui de préserver son cadre de vie et de maîtriser son entreprise. « Je préfère fidéliser ma clientèle, la proximité et le relationnel, que de partir à la chasse aux nouveaux clients à tout prix. »